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Informatique et télecoms

Altice, un groupe boulimique encore loin de l’indigestion

20 Mai 2015 , Rédigé par Informatelecom Publié dans #altice, #SFR, #Numericable, #orange, #Bouygues Telecom

L’homme d’affaires avale proie sur proie. Mais d’après ses calculs, il a la capacité de faire plus encore.

Jusqu’où ira-t-il ? Ceux qui l’ont côtoyé de près le disent tous : Patrick Drahi, le président d’Altice (maison mère de Numericable-SFR), n’a pas de limite, c’est un empire mondial qu’il est en train de construire, et on n’a encore rien vu ! La hardiesse du personnage surprend autant qu’elle bluffe : rien que l’année dernière il a avalé coup sur coup SFR, Virgin Mobile et Portugal Telecom . Si l’on y ajoute Suddenlink Communications, l’addition commence à être salée : plus de 30 milliards d’euros dépensés en seulement quelques mois.

La folie des grandeurs ? Pas vraiment. La méthode Drahi est rationnelle : il fait porter la dette sur les actifs rachetés, et table sur le cash flow délivré pour rembourser. Risqué ? Oui, car il faut être certain de générer l’Ebitda nécessaire au remboursement des banques chaque année. En clair, en cas de retournement économique, Patrick Drahi aurait du souci à se faire. Mais l’homme d’affaires, réputé pour ses montages financiers, ne laisse rien au hasard. Dans le cas du rachat de SFR, par exemple, la plus grosse opération de l’histoire d’Altice, il a contracté une dette long terme, le premier anniversaire de remboursement étant fixé à mai 2019. D’ici là, il ne paye que les intérêts. Il a aussi pris soin de négocier la quasi intégralité de la dette à taux fixe. Cela lui a coûté un peu plus cher, mais c’est le prix à payer pour s’offrir une certaine tranquillité.

A qui le tour ?

Globalement, la logique est simple : plus il fait des acquisitions, plus il s’enrichit et donc, plus il accroît sa capacité à rembourser ses dettes. A ce compte-là, on peut acheter sans limite ! Le seul verrou, c’est le ratio dette nette / Ebitda. La dette nette de Numericable est « capée » (plafonnée) à quatre fois son Ebitda, et à cinq fois pour Altice. La mère peut donc plus que la fille. Avec Suddenlink , la dette d’Altice a progressé de 0,2 point, atteignant 4,9 fois l’Ebitda : il n’est donc plus question de charger la bête. Il reste en revanche une marge de manoeuvre pour la fille, Numericable, dont la dette atteint 2,9 fois l’Ebitda. C’est ce qui fait dire à Dexter Goei, le bras droit de Patrick Drahi chez Altice, que l’opération Suddenlink « n’impacte en rien la capacité du groupe à procéder à d’autres acquisitions en Europe ».

Dès lors, à qui le tour ? Tous les regards sont tournés vers Bouygues Telecom, qui n'est pas à vendre, mais pour lequel Patrick Drahi n’a jamais caché son intérêt. Aussi incroyable que cela puisse paraître et si l’on s’en tient au discours des dirigeants d’Altice, le groupe pourrait ainsi très bien gérer en même temps quatre opérations : l’intégration de SFR dans Numericable, le rachat de Portugal Telecom (pas encore finalisé), celui de Suddenlink, plus une autre opération.

Augmentation de capital

« Après Suddenlink, la consolidation d’une partie du câble aux Etats-Unis ferait sens, au fur et à mesure de la baisse de la dette d’Altice », juge Vincent Maulay, analyste chez Oddo Securities. Réduire la dette pour les équipes de Patrick Drahi, ce n’est pas un problème : ce sont les spécialistes de la réduction de coûts. Il n’y a qu’à voir le travail fait sur Numericable fin novembre : en trois mois, le groupe a dégagé 200 millions de synergies soit, s’il tient cette cadence, un rythme annuel de près de 800 millions, contre un objectif de 1,1 milliard à horizon 2017 !

L’Ebitda renfloué, la dette peut baisser. Et tous les rêves sont permis : y compris celui consistant à racheter une proie plus grosse que soit, comme le géant Time Warner Cable avec qui Altice aurait commencé à échanger. 44,5 milliards de dollars de capitalisation boursière, contre 30 milliards pour Altice. Mais rien ne semble effrayer Patrick Drahi. Au besoin, Altice pourrait aussi procéder à une augmentation de capital, quitte à ce que ce dernier soit un peu dilué dans le capital, dont il détient aujourd’hui 60 %. Ce n’est pas un tabou.

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