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Informatique et télecoms

Bouygues refuse de vendre sa filiale télécoms à Patrick Drahi

24 Juin 2015 , Rédigé par Informatelecom Publié dans #Bouygues Telecom, #SFR, #Patrick Drahi, #Numericable, #orange, #free

Le conseil de Bouygues a refusé l'offre de rachat de Numericable-SFR.

Les risques d'exécution étaient jugés trop importants.

C'est non ! Réuni mardi soir, le conseil d'administration de Bouygues a décidé de ne pas donner suite à l'offre de rachat à 10 milliards d'euros de SFR sur la filiale Bouygues Telecom. « C'est un non catégorique », affirme une source proche du dossier, qui fait état d'un « sentiment d'irritation ». Le conseil a été unanime, considérant que les risques d'exécution étaient trop importants. Un sacré camouflet pour Patrick Drahi, le président de Numericable-SFR. Pour justifier leur refus, les administrateurs ont évoqué selon un proche du conseil «  un manque de sérieux » de la part de l'acheteur, et surtout «  un gigantesque risque d'exécution » lié au fait que Numericable-SFR ne pouvait s'engager sur la bonne fin de l'opération. «  L'acheteur manquant de fonds propres et finançant l'opération par de la dette, il n'était pas en mesure de garantir le deal », ajoute cette source. Le conseil d'administration de Bouygues a estimé que dans ces conditions, le risque serait nécessairement supporté par le vendeur, ce qui n'était pas envisageable.

Dans un communiqué publié mardi soir, le groupe de BTP a rappelé que «  le conseil apportait une grande attention aux conséquences de la consolidation du marché sur l'emploi ainsi qu'aux risques sociaux nécessairement liés à une telle opération ». Des inquiétudes qui avaient été mises en exergue à nouveau par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron dans la journée, à l'Assemblée nationale. Bouygues ne voulait pas non plus assumer les risques d'exécution du projet au regard du droit de la concurrence.

Le groupe de BTP justifie enfin sa décision en estimant que sa filiale bénéficie d'un avantage concurrentiel fort grâce à son portefeuille de fréquences et son réseau 4G, qui couvre plus de 70 % de la population. Pour les administrateurs, Bouygues Telecom «  a les moyens de retrouver à l'horizon 2017 une marge d'Ebitda de 25 % minimum (niveau de 2011) ».

Une offre non sollicitée

Lundi, Bouygues avait confirmé avoir reçu «  une offre non sollicitée » d'Altice, le groupe de Patrick Drahi, pour reprendre sa filiale télécoms, créée il y a une vingtaine d'années. Une filiale qui suscite depuis un an les convoitises de ses concurrents. Comment Bouygues Telecom, qui a longtemps été pour sa maison mère une véritable machine à cash, est-elle devenue une cible ? L'opérateur, qui est le grand oeuvre de Martin Bouygues, a lancé ses services en 1996. Pour s'imposer, le petit Poucet adopte très jeune une stratégie basée sur l'innovation et l'agilité, qui se poursuit encore aujourd'hui. C'est, par exemple, lui qui invente le forfait de téléphonie mobile, en 1996. Le groupe publie son premier exercice positif en 2002. Il se développe vite et passe le cap des 10 millions de clients mobiles en 2009. Mais, en 2012, sa vie bascule : c'est l'irruption de Free dans le mobile.

Avec le lancement de forfaits sans engagement, à 2 et 20 euros par mois, l'ouragan Free, qui s'appuie sur une partie du réseau d'Orange, emporte tout sur son passage, à commencer par les marges de ses concurrents. De 2012 à 2014, Bouygues Telecom accumule des pertes de 48 millions d'euros. Le contraste avec les trois exercices précédents, où les bénéfices cumulés s'élevaient à 1,3 milliard, est saisissant. Dans le même temps, le revenu moyen mensuel par abonné passe de 43 à 24 euros. «  Contrairement à Orange, SFR et Free, Bouygues ne peut pas compenser les efforts dans le mobile avec les recettes du fixe, où il est peu présent », analyse Isabelle Denervaud, Associée chez Sia Partners.

Le perturbateur du marché

A l'instar de ses deux concurrents, Bouygues Telecom a eu du mal à anticiper l'onde de choc Free. «  Il y avait un changement de modèle économique, une évolution dans l'approche et l'accompagnement des clients qu'on a mal vu venir », regrette Bernard Allain, représentant de FO chez Bouygues Telecom. Face aux difficultés, la filiale du groupe de BTP, tente de réagir. Sur le plan des économies d'abord, avec des réductions de coûts et des suppressions de postes dès 2012. Sur le front de l'innovation ensuite. Autorisé à convertir les fréquences 1.800 MHz (2G) pour la 4G, Bouygues Telecom prend un vrai avantage, avec une couverture immédiate de 60 % de la population fin 2013. De quoi espérer une revalorisation de ses offres. Un espoir vite douché par Free, qui proposera la 4G au même prix que la 3G, poussant les concurrents à s'aligner.

L'échec du mariage avec SFR l'an dernier et du passage de quatre à trois opérateurs sonne comme une rupture de plus pour Bouygues Telecom. Contraint à une nouvelle restructuration et à de nouveaux licenciements, l'opérateur se résout à vivre en solo, tout en menant la vie dure à ses concurrents. Dans le fixe, il casse les prix et réussit à augmenter de 20 % le nombre de ses abonnés en un an. Dans le mobile, il accueille une partie des déçus de SFR. «  Bouygues Telecom est devenu depuis quelques mois le véritable perturbateur du marché », résume un expert du secteur. Un rôle qu'il entend bien continuer à jouer.


 

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